26 265 immatriculations de VUL en mai 2026, soit un recul de 10,5 % sur un an : le marché du neuf signe un deuxième mois consécutif dans le rouge, selon les chiffres d’AAA Data. La lecture brute est sévère. La lecture détaillée l’est un peu moins, mais elle pose de vraies questions pour le second semestre.
Un effet calendrier, et pas seulement
Mai 2026 ne comptait que 17 jours ouvrés, contre 19 en mai 2025. Mécaniquement, une partie de la chute s’explique. Mais pas tout : avril était déjà en retrait avec deux jours ouvrés de moins en cause là aussi, et la tendance de fond reste molle. Les carnets de commandes des artisans et des PME se remplissent moins vite, et l’attentisme autour de la réforme CEE du 1er juin a probablement gelé une partie des signatures d’électriques en mai. Pourquoi commander le 25 mai ce qui serait mieux subventionné le 1er juin ?

Stellantis écrase le classement
Le rapport de force entre groupes ne bouge pas, il se fige :
- Stellantis : 9 954 unités, 37,9 % du marché
- Groupe Renault : 7 598 unités, 28,9 %
- Groupe Ford : 2 309 unités, 8,8 %
À eux trois, ces groupes captent les trois quarts des volumes. Stellantis profite à plein de sa gamme renouvelée et de ses opérations commerciales, dont les « Jours Pro » qui alignent jusqu’au 30 juin le loyer des électriques sur celui des diesels. Renault tient son rang avant l’arrivée du Trafic E-Tech 800 V fin 2026, qui devrait redistribuer une partie des cartes sur le segment intermédiaire.
L’électrique plafonne autour de 13 %
3 432 VU électriques immatriculés en mai, 17 266 depuis janvier. Rapporté au marché, l’électrique tourne autour de 13 % des volumes, loin des trajectoires espérées par les constructeurs. Le frein n’est plus tellement l’offre, désormais large. C’est l’équation économique, que la nouvelle prime CEE (jusqu’à 7 250 € pour une entreprise sur les grands volumes) vient justement corriger. Notre dossier sur le seuil de bascule du TCO électrique montre que le point d’équilibre se rapproche, kilométrage par kilométrage.
Juin dira si ce coup de pouce réveille la demande. Les conditions sont réunies : grille CEE plus généreuse, offres constructeurs agressives, et une échéance GSR2 au 7 juillet qui pousse certains acheteurs à immatriculer vite.

Le contraste avec le véhicule particulier
La comparaison fait mal. Le même mois, le marché des voitures particulières a progressé de 3,7 %, porté par l’électrique qui frôle un tiers des immatriculations. Côté VUL, rien de tel : le professionnel n’achète pas un véhicule, il achète un outil de travail, et il ne signe que lorsque l’équation tourne. Autonomie chargée, temps d’immobilisation, prix de l’énergie sur son trajet réel : tant que ces variables ne s’alignent pas, le diesel reste la valeur par défaut. Les incitations fiscales accélèrent la décision, elles ne la remplacent pas.
Ce que ça change pour un acheteur pro
Un marché qui recule, c’est un marché où l’on négocie. Les objectifs semestriels des réseaux se jouent en juin, et les stocks de véhicules non conformes à la future étape GSR2 devront sortir avant le 7 juillet. Pour un gestionnaire de parc, la fenêtre est favorable, sur le thermique comme sur l’électrique. Les concessionnaires et marchands référencés dans notre annuaire des professionnels sont en première ligne pour ce type d’opération de fin de semestre.
À surveiller aussi : la fin des « Jours Pro » Stellantis au 30 juin et l’entrée en vigueur de la GSR2 le 7 juillet pourraient produire un rebond technique des immatriculations en juin, suivi d’un creux en juillet-août. Un pic de fin de semestre ne dira rien de la santé réelle du marché. Les chiffres à regarder seront ceux de septembre.
Un mot enfin sur les carnets de commandes : un recul des immatriculations ne signifie pas mécaniquement des véhicules disponibles tout de suite. Les versions carrossées (bennes, frigorifiques, grands volumes aménagés) conservent des délais propres, liés aux carrossiers plus qu’aux constructeurs. Anticiper reste la règle sur ces configurations, quel que soit l’état du marché.
Dernier effet de bord, côté financement : un neuf qui se vend mal et une occasion qui reste chère, c’est la combinaison qui soutient les valeurs résiduelles. Pour les loyers de LLD, c’est plutôt une bonne nouvelle : un loueur qui revend bien ses retours peut se montrer plus agressif sur les loyers du neuf. Les gestionnaires qui remettent leur parc en concurrence cette année ont donc deux leviers à actionner en même temps, la remise à l’achat et la valeur résiduelle projetée. Peu de périodes offrent les deux à la fois.
Le vrai test arrivera au second semestre : si la nouvelle prime CEE ne relance pas l’électrique d’ici septembre, le problème ne sera plus le prix d’achat. Ce sera la confiance.
